Charline Piscart, historienne de l’art, étudiante en master en archivistique et stagiaire au Carhif
This article was originally written in French.
Luce Hautier est décédée le 31 octobre 2025, à l’âge de 77 ans. Figure marquante de l’histoire du féminisme belge, ses archives témoignent de son engagement, son parcours et ses luttes que sont les mouvements des femmes en Belgique, l’égalité de traitement, la précarité et la situation des femmes à travers le monde.
Née à Nivelles le 7 septembre 1947 puis scolarisée dans la région de Morlanwelz, Luce Hautier est diplômée de l’Institut d’Études Sociales de l’État à Bruxelles en 1971, dans la section Bibliothécaires-documentalistes. Elle occupe le poste de documentaliste au sein d’un cabinet juridique bruxellois, puis à la Centrale des Métallurgistes de Belgique durant quelques mois, avant de rejoindre la Commission des Communautés Européennes où elle exerce principalement la fonction d’archiviste mais se voit également confier des missions d’analyses et recherches documentaires, de diffusion de l’information, de représentation et d’évaluation du personnel.
Tout au long de sa carrière à la Commission, Luce Hautier prend part aux activités liées à l’égalité des chances et à la condition des femmes en Europe, et s’intéresse à tout ce qui concerne les femmes et l’égalité entre les genres : enquêtes, questions parlementaires, groupes de travail, remise de prix, formations et séminaires, communiqués de presse et publications, … Elle est active auprès du Comité consultatif de l’égalité des chances entre les femmes et les hommes de la Commission et en 1987, participe à la création du Réseau Solidarité Femmes qu’elle fréquente durant près de 10 ans. Attentive à l’égalité au sein de la représentation du personnel, elle est également membre de l’Union Syndicale (syndicat de la fonction publique européenne) et de la Task Force Egalité (TFE) de ce même syndicat.

Très impliquée dans le secteur associatif, Luce Hautier est membre de nombreuses associations et collectifs féministes. En 1974, elle participe à la création de la première Maison des Femmes à Saint-Josse-Ten-Noode et siège au Conseil d’administration de l’ASBL durant de nombreuses années, aux côtés d’autres féministes remarquables : Marie Denis, Édith Rubinstein et Anne Tonglet. Elle suit l’association lors de son déménagement en 1979 au n°29 de la Rue Blanche à Saint-Gilles. En 1980, elle est l’une des premières collaboratrices du groupe Changeons les Livres, dont elle devient plus tard la présidente. Ce groupe est créé à la Maison des Femmes à l’initiative de féministes soucieuses d’observer les stéréotypes et la manière dont les femmes sont représentées dans les manuels en usage à l’école primaire et secondaire. En 1995, lorsqu’est fondée la Maison Amazone par Miet Smet, alors ministre et secrétaire d’État chargée de la politique d’égalité des chances entre les femmes et les hommes, Luce Hautier fait partie des personnes invitées à l’inauguration qui suivront par la suite le travail mené par cette ASBL. Elle est également membre d’autres associations de femmes et/ou féministes, comme le Groupement belge de La porte ouverte, le Conseil des Femmes Francophones de Belgique (CFFB), le Comité de Liaison des Femmes (CLF) agissant comme groupe de pression et plateforme de coordination pour diverses organisations féminines, l’ASBL de La Voix des Femmes accueillant des membres de différentes nationalités, l’Université des Femmes et ne manque jamais une occasion de s’investir dans une multitude de projets féministes à travers la Belgique (Marche Mondiale des Femmes, Les Cahiers du GRIF, Vie Féminine, Sororité dans la cité, …).
Aux côtés des membres de ces associations, Luce Hautier participe à de nombreux événements marquants de l’histoire des femmes et du féminisme de la deuxième moitié du XXe siècle. Dès le milieu des années 1980 et durant plus de 30 ans, elle participe et documente les actions et manifestations organisées chaque 8 mars à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. En 1985, elle assiste à la Troisième conférence mondiale sur les femmes à Nairobi, au Kenya et dix ans plus tard, à la Quatrième conférence qui se tient à Pékin, en Chine.

C’est également à partir des années 1980 que Luce Hautier s’intéresse et prend part à la politique belge et européenne. En 1988, elle s’engage au sein du Parti Socialiste (PS) de la Commune de Saint-Josse-ten-Noode où elle réside et présente sa candidature lors des élections communales de 1988, 1994, 2000 et 2006. Elle est appelée à siéger au Conseil communal en tant que suppléante en 1997. En parallèle, elle s’intéresse à la présence des femmes au sein des différents partis, aux mesures des programmes politiques qui concernent les femmes – qu’il soit question d’améliorer leur condition, ou pas – et veille en particulier à soutenir les candidatures féminines lors des élections régionales, législatives et européennes. En tant que membre du PS, son intérêt porte principalement sur le socialisme et les femmes, ainsi que sur les actions syndicales qui concernent ces dernières (Groupe des Femmes CSC).
Sa vie durant, en sa qualité de bibliothécaire-documentaliste, Luce Hautier amasse une multitude de documents, coupures et articles de presse, brochures, ouvrages et périodiques, affiches et photographies qui concernent les sujets qui l’animent et les causes qu’elle soutient. Ainsi, elle constitue son propre « centre de documentation féministe », renseignant entre autres sur les femmes en Europe ou en Afrique, les violences faites aux femmes et aux enfants, la santé et la sexualité ou encore les mouvements de(s) femmes en Belgique et à l’étranger. Confiés dans un premier temps au Mundaneum de Mons pour intégrer son « fonds féminisme », les documents sont ensuite transférés au Carhif à la demande de leur propriétaire. Ils y constituent un fonds d’archives à part entière, témoin de l’œuvre d’une féministe belge aussi vive que discrète. Entièrement classé et inventorié, il est dès à présent disponible à la consultation.
Découvrez le fonds de Luce Hautier dans nos collections.
