loader image

Archief- en Onderzoekscentrum voor Vrouwengeschiedenis vzw

Archief- en Onderzoekscentrum voor Vrouwengeschiedenis

Irma Sèthe (1876-1958), violoniste proche des sphères féministes

Dit artikel is oorspronkelijk in het Frans geschreven.

Pauline Vranckx est historienne de l’art et réalise des recherches sur les femmes artistes et leurs réseaux professionnels et artistiques au XIXe et XXe siècle. Son mémoire portait sur les sœurs Maria, Alice et Irma Sèthe et leurs réseaux, de 1870 à 1910.

La violoniste belge Irma Sèthe est la benjamine de la sororie Sèthe. Intégrées dès leur plus jeune âge dans les milieux artistiques bruxellois, elles évoluent chacune dans des directions différentes, se partageant entre la Belgique, l’Angleterre et l’Allemagne. Ainsi, elles ont tissé un maillage relationnel d’ampleur internationale, s’inscrivant dans le paysage de l’avant-garde au tournant du XIXe siècle.

Johannes Lüpke, Irma Saenger-Sèthe, [ca.1903], Frankfurt Am Main, Stadt und universitätsbibliothek Frankfurt Am Main.
© Stadt und universitätsbibliothek Frankfurt Am Main.

Une carrière internationale

Après avoir suivi des cours privés de violon auprès de professeurs éminents, Irma Sèthe réalise sa première « tournée » en Allemagne à l’âge de dix ans. En 1890, elle intègre le Conservatoire royal de Bruxelles, où elle suit les cours de perfectionnement en violon d’Eugène Ysaÿe. Encouragée par son professeur, elle joue à l’un de ses concerts au St James’s Hall de Londres en 1891. En juillet de la même année, âgée de quinze ans, Irma Sèthe remporte le premier grand prix de violon du Conservatoire royal de Bruxelles. Rapidement, elle se produit à de nombreuses reprises à l’étranger, principalement en Angleterre et en Allemagne. Irma Sèthe figure parmi les solistes reconnues et adulées internationalement. Elle signe des autographes, figure sur des cartes postales et apparait dans les journaux. Son talent et son travail assidu et continu lui permettent d’être soutenue par des agents, dont le premier fut Ernest Cavour. Notons que la domination masculine et le jugement porté par les hommes sur la pratique musicale féminine constituent un réel obstacle à la considération des femmes au rang musical. Ce milieu est imprégné de stéréotypes reléguant la femme à des sonorités aiguës produites par le violon, mais également la flûte et la harpe. Certaines solistes parviennent néanmoins à se faire une place à la fin du XIXe siècle.

Proximité avec La Ligue du droit des femmes

« Cercle hutois des Sciences et Beaux-Arts », in La Meuse, Liège, 3/01/1895.

Un concert donné par Irma Sèthe a de quoi retenir notre attention : la troisième séance du Cercle hutois des Sciences et Beaux-Arts au Théâtre de Huy, le 6 janvier 1895. Irma Sèthe y interprète Introduction et Rondo Capriccioso de Camille Saint-Saëns en première partie du programme. Cette performance est suivie d’une conférence sur le droit civil de la femme, donnée par la juriste Marie Popelin (1846-1913). Irma Sèthe jouera ensuite en troisième partie de ce programme un Abendlied, une Berceuse et un Caprice basque. Ce concert a lieu sept ans après l’« Affaire Popelin »[1]. Cette conférence s’inscrit dans la propagande féministe de La Ligue du droit des femmes qui a commencé en octobre 1894 dans des villes comme Mons, Boussu et Huy[2]. À ce jour, les archives ne nous ont pas permis de déceler si Irma Sèthe était proche de La Ligue du droit des femmes, mais sa présence active à cette conférence est un indice de son attrait pour la cause féministe, qui transparait également dans son mode de vie.

Premièrement, se produire régulièrement sur scène en qualité de soliste permet à Irma Sèthe de bénéficier d’une certaine indépendance. Ensuite, son mariage en 1897 avec Samuel Saenger n’a pas constitué une entrave à sa carrière musicale, comme en rend compte un article de 1899 :

Le public mélomane peut se réjouir que le mariage d’Irma Sethe, célébré à Bruxelles en août dernier, ne l’ait pas éloignée des salles de concert. […] Et autant elle se délecte de son art, autant elle éprouve de la peine à s’arracher au calme et au luxe de son foyer pour honorer les nombreux engagements que lui procure son agent Cavour dans différentes régions du continent et des îles britanniques[3].

Au XIXe siècle, il est fréquent que le mariage mette fin à la carrière musicale des femmes, qui se voient contraintes d’y renoncer pour se consacrer à leur vie de famille et leurs obligations sociales. Pour Irma Sèthe, ni l’étape du mariage ni la naissance de sa première fille ne l’a empêchée de poursuivre sa carrière musicale internationale. Ce mode de vie a notamment été rendu possible par le travail de l’ombre des domestiques employées par le couple.

Le mariage a toutefois pour effet d’opérer un changement dans le nom de scène d’Irma Sèthe, dénommée « Saenger-Sèthe » à partir de 1897[4]. Il s’agit d’une caractéristique récurrente chez les musiciennes qui continuent d’exercer leur métier après le mariage, car celles qui choisissent de supprimer leur nom de jeune fille et de ne garder que le nom de leur conjoint se voient généralement éclipsées du monde artistique.

Irma Sèthe semble avoir ralenti la cadence après la naissance de sa seconde fille, Magdalene Saenger en 1907. Lorsqu’elle remonte sur scène vers 1909, notamment avec le Berliner Kammerspiel-Trio, elle ne semble pas avoir perdu de sa technique et est toujours aussi acclamée.

Découvrez la revue de La Ligue dans notre collection.


[1] L’« affaire Popelin » éclate en décembre 1888, lorsque Marie Popelin, après avoir obtenu le titre de docteur en droit le 12 juillet de cette même année, souhaite prêter serment afin d’exercer le métier d’avocate. Cette demande est refusée par la cour d’appel, puisque le métier d’avocat n’est alors pas accessible aux femmes malgré qu’une loi de 1810, comme le souligne Popelin, ne fait pas mention du genre pour effectuer ce métier. Cet évènement est à l’origine de la Ligue du droit des femmes créée en 1892. À propos de Marie Popelin, voir : Nandrin (Jean-Pierre), « La femme avocate : le long combat des féministes belges (1882-1922) », in Hommes et normes, Bruxelles, Presses Universitaires de Saint-Louis, 2016, pp. 497-509 ; De Bueger-Van Lierde (Françoise), « A l’origine du mouvement féministe en Belgique. ‘‘L’Affaire Popelin’’ », in Revue belge de philologie et d’histoire, t. 50, fasc. 4, 1972, pp. 1128-1137.

[2] « Notre propagande », in La Ligue. Organe belge du droit des femmes, Bruxelles, janvier 1894, n° 1, p. 36.

[3] « Women Violinists of the Victorian Era », in The Lady’s Realm, Londres, vol. 5, février-mars 1899, pp. 651-652.

[4] Un passage dans Le Courrier musical aborde ce changement de nom : « Une réapparition ‘‘most welcome’’ fut celle de Mme Saënger-Sèthe, qui, sous le nom de Mlle Irma Sèthe avait remporté de grands succès en Angleterre il y a quelques années ». Dans : Diensis (Léo), « Lettre de Londres », in Le Courrier musical, Paris, 15/03/1906, p. 218.