En 2025, le Carhif a fêté son 30e anniversaire. À cette occasion, nous avons présenté chaque mois un coup de cœur de l’équipe (mais pas que) via nos réseaux sociaux.
Dans cette vidéo, Henk De Smaele, historien spécialisé dans les questions de genre à l’Université d’Anvers et coprésident du Carhif, présente son coup de cœur : une carte postale datant de la Première Guerre mondiale représentant un faux mariage entre soldats.
Traduction française de la vidéo
Henk De Smaele : Je m’appelle Henk De Smaele. Je suis historien. Je travaille à l’université d’Anvers, où j’enseigne notamment l’histoire du genre et l’histoire de la sexualité. Je suis également coprésident, depuis quinze ans déjà, du Centre d’archives pour l’histoire des femmes ici.
Carhif : Quel est ton coup de cœur dans notre collection ?
Henk De Smaele : Il est difficile de faire un choix, mais j’ai tout de même opté pour une carte postale de la Première Guerre mondiale. Il s’agit en fait d’une carte postale française sur laquelle on voit une sorte de mariage conclu entre des soldats.
Carhif : Peux-tu nous en dire plus ?
Henk De Smaele : En fait, c’est une… cela arrivait souvent. Pendant la Première Guerre mondiale, toutes sortes de cartes postales étaient imprimées pour que les soldats puissent les envoyer à leur famille. Dans ce cas précis, il existe toute une série de cartes, et celle-ci est particulièrement fascinante, car on y voit des soldats organiser une sorte de mariage fictif. En fait, ils font semblant de se marier. Ce sont tous des hommes que l’on voit sur la photo. Ce sont tous des militaires. Mais qui, en fait, se marient. On parle entre autres des coutumes au front, notamment du fait qu’en Belgique aussi, les soldats vivaient souvent comme des couples mariés. L’un était appelé le mari, l’autre la femme. Et les enfants étaient considérés comme leurs oncles et tantes. Donc, ce groupe de soldats, tous des hommes ensemble dans les casernes et au front, organisait en fait une sorte de mariage ou une sorte de vie familiale où il y avait des hommes et des femmes.
Carhif : Pourquoi est-ce si important pour toi ?
Henk De Smaele : Ce qui m’intéresse particulièrement, en quelque sorte, c’est de voir comment, même dans un contexte où il n’y a en fait que des hommes, on peut tout de même percevoir une sorte de féminité. Et on remarque dans les lettres écrites par ces soldats qu’ils sont en fait très préoccupés par les femmes, leur femme, leur mère, etc. Les femmes et la féminité sont donc en fait très importantes dans ce monde d’hommes. À tel point qu’ils commencent eux-mêmes à incarner cette féminité. Ils franchissent donc le pas vers le travestissement. D’une certaine manière, ils commencent eux-mêmes à assumer des rôles féminins. Cela se fait bien sûr en partie selon les stéréotypes de genre. Cela se fait aussi avec beaucoup de rires et dans une ambiance très burlesque et carnavalesque. Mais on remarque néanmoins très sincèrement que ces hommes assument certaines tâches de soins les uns pour les autres. Ils veulent aussi interagir entre eux d’une manière féminine. En tant qu’historien du genre, je trouve cela très intéressant, c’est un phénomène très intéressant.
